Le gares de Eprave / Bastogne Nord.
Auteur: Yanes Bunnens.
Éprave et Bastogne-Nord : par la force des choses.
Ces photos représentent avec quelques décennies d'écart la modeste halte d'Éprave sur la ligne Jemelle-Houyet et celle de Bastogne-Nord, entre la gare principale de Bastogne et la bifurcation des chemins de fer vers Gouvy et Wiltz. Elles nous permettent de voir les deux côtés (avant et après agrandissement) d'un type de bâtiment peu connu parmi les gares belges produites en série : la halte du premier type, que l'on pourrait appeler le type 1888.
Les photographies du haut (côté rue et côté rails) nous montrent l'état d'origine, mais aussi le pourquoi des importants agrandissements qui transformèrent un bâtiment extrêmement exigu en une structure qui n'a rien à envier aux bâtiments qui prendront leur place dans le cahier des charges : celui que l'on appela type 1893.
Mais tout d'abord, un retour en arrière, aux origines des haltes belges.
Les haltes sont souvent des arrêts qui ouvrent plusieurs années après l'inauguration du chemin de fer qu'ils servent. Souvent sous la forme d'un point d'arrêt qui accède au statut de halte si le nombre de voyageurs est suffisant et qu'il existe une réelle perspective d'expédier ou recevoir des marchandises.
Non-prévus à l'origine, ces arrêts sont créés lorsqu'un ou plusieurs lieux habités sont trop éloignés d'une station, ce qui peut être frustrant, surtout lorsque le train passe à proximité immédiate de la place du village pour aller s'arrêter trois kilomètres plus loin.
Parmi tous les arrêts créés entre 1835 et 1880 il n'y a pas beaucoup de haltes, ou plutôt celles qui sont des haltes ne le restent pas longtemps, elles deviennent souvent des stations en quelques années. Les endroits où un train s'arrêtent ont souvent une certaine importance au départ, et l'arrivée du chemin de fer favorise la création d'industries supplémentaires, et l'augmentation du nombre de voyageurs. Surtout qu'à cette époque où les arrêts sont encore espacés, il n'y aura pas une halte dans le village suivant pour siphonner une partie des voyageurs et marchandises.
Pour en revenir aux bâtiments de gares, avant 1880 il est assez rare qu'une halte soit dotée d'un important bâtiment en dur, et presque toutes celles qui en ont reçu sont très vite devenues des stations (Mortsel-Oude-God, Malderen, etc.).
Mais au tournant des années 1880-1890, le contexte commence à changer, que ce soit sur d'anciennes lignes, très fréquentées ou bien dans des régions plus reculées, où le chemin de fer est parfois fort récent, de plus en plus de communes obtiennent satisfaction. Et en quelques années, le modeste point d'arrêt qu'on leur accorde est dépassé par la situation. C'est à ce moment là que débute l'essor des haltes, une catégorie entre le point d'arrêt et la station pour laquelle on crée un bâtiment spécifique. D'abord le premier modèle (type 1888) puis, assez vite, quelque chose de plus grand (type 1893) ; ce dernier comptera presque 150 bâtiments dans toute la Belgique.
Contrairement à un point d'arrêt, qui ne comporte que de petites infrastructures dont une caisse de wagon servant de salle d'attente et (souvent) une maison de garde-barrière. une halte de l'époque possédait un bâtiment comportant un guichet, une (voire deux) salles d'attente et (souvent) des installations pour les colis et petites marchandises.
Pour ce qui est du type 1888, il existait deux variantes, dont la taille était identique mais qui avaient deux différences : ceux construits au sud de la Belgique avaient une façade en pierre. et seulement une fenêtre côté rue au niveau du corps de logis.
Parmi les cousins d'Éprave, on retrouve Offagne, Croix-Rouge et Bastogne-Nord ; ces quatre là étaient identiques au départ. Ceux construits ailleurs en Belgique sont en briques et leur partie haute avait le même nombre de façade côté rue et côté quai.
Difficile de se l'imaginer, mais le très petit bâtiment que l'on voit dans les photos 1 et 2 contenait une salle d'attente (mélangeant les voyageurs de 1e, 2e et 3e classe), un guichet et des annexes (locaux de service, WC des voyageurs mais aussi la cuisine et la laverie du chef de halte qui partage avec sa famille un appartement à l'étage. Bâti dans le sens de la largeur, il reste fort petit par rapport à celui des stations. Même si le plafond de l'étage est plus haut, sa superficie n'a pas de quoi rendre jaloux les garde-barrières. Bref. tout le monde est à l'étroit.
À l'exception de quelques arrêts sur la ligne de la Vesdre, où le nombre de passagers est tellement faible qu'on ferma assez vite le guichet et la salle d'attente, tous les bâtiments de ce modèle seront agrandis, de plusieurs manières différentes ce qui fait que l'on a parfois du mal à reconnaître les points communs entre toutes ces constructions.
Le type de halte qui les remplace à partir de 1893 possède 4 fenêtres à l'étage, c'est aussi ce qui se fera pour agrandir l'appartement de ce « type 1888 ». Soit en construisant au-dessus de l'ancienne salle d'attente (Offagne, Linkebeek, Beitem, etc.), soit en bâtissant de l'autre côté en surhaussant la partie annexe.
Sur les photos suivantes de Bastogne-Nord et Éprave, on voit comme l'extension de l'appartement s'est faite du côté de l'annexe tandis que la partie avec le guichet et la salle d'attente a été allongée (5 puis 6 fenêtres).
À noter que sur cette aile, on ne voit pas la forme distinctive d'une porte pour marchandises (plus grande et sans fenêtre) que l'on observe à Offagne et Croix-Rouge après leur agrandissement.
Éprave avait une solution originale pour l'entreposage des marchandises : un bâtiment au toit en pyramide du côté des annexes. Dans le cas de Bastogne-Nord, il se pourrait qu'il n'y ait jamais eu d'installations pour les marchandises.
Celui de la gare d'Éprave a été conservé dans son entièreté, transformé en maison.
Celui de Bastogne-Nord a perdu toute la partie qui contenait la salle d'attente, une démolition qui a eu lieu bien avant l'arrêt des circulations sur la ligne 163. L'ancien corps de logis, avec son extension des années 1890-1900, a notamment servi de restaurant.