La gare de Erembodegem.
Auteur: Yanes Bunnens.
Erembodegem, au début du XX ème siècle et en 1977, peu avant le remplacement du bâtiment (photo 1 : Carte postale Nels ; photos 2 & 3 : Onroerend Erfgoed)
Appartenant à un plan type que l'on retrouvait dans au-moins quatre gares belges, le bâtiment principal est un pur produit de ce que je qualifie de "Première période expérimentale" (1854-1862) où plusieurs modèles de bâtiments au style parfois assez différents sont produits en concurrence avant que ne soit adopté un plan-type standard.
En 1855-1856, les Chemins de fer de l'Etat belge avaient déjà produit au-moins deux bâtiments de gare à la forme rectangulaire, comportant peu de décorations en dehors des encadrements de fenêtres à arc en plein cintre au rez-de-chausée : Vertrijk et Londerzeel.
Lorsque la construction de nouveaux bâtiments reprend vers 1860 après une brève interruption, ce plan n'est pas repris tel quel, et certaines constructions parmi lesquelles [du +petit au +grand] Kapelle-op-den-Bos, Roux, Landegem, Forest-Midi, Courcelles-Motte et Marchienne-au-Pont sortent même de la forme purement rectangulaire avec une série de frontons au lieu d'une longue gouttière horizontale.
Parmi les autres, plusieurs formes sont réalisées. Mais à part celui de Deinze, la forme est celle d'un rectangle, sans ailes. Le modèle le plus connu (car il deviendra rapidement un plan standardisé) possède des pignons à redents et de nombreuses lucarnes (exemples : Baudour, Hoboken, Pâturages, Hamoir).
En parallèle, un autre modèle plus discret fait son apparition. Il évoque davantage la forme de Vertrijk et Londerzeel mais avec, au sommet, un toit en croupe avec un mur-pignon plat, une fenêtre dans ce mur et des décorations en relief (larmiers) au-dessus des fenêtres de l'étage. Comme avec le modèle "pignons à redents" les voyageurs disposent d'un auvent (marquise de quai) avec des colonnes de support en fonte tandis que l'aspect du rez-de-chaussée conserve les fenêtres à arc-en-plein cintre, un héritage de l'architecture néoclassique d'Auguste Payen que l'on ne retrouvera plus sur les modèles standard de 1860 et 1873 mais qui réapparaitra sur le plan type 1881.
Il y en a eu au-moins quatre. Par ordre d'adjudication : Drongen (07-08-1861), Havinnes (21-08-1861), Erembodegem (18-09-1861), Olsene (17-09-1862) et il y en a très probablement eu cinq : le 7 août 1861, on met aussi en adjudication la construction d'un bâtiment de gare sur la ligne 53 à Audeghem (nom actuel Oudegem) mais toutes les photos connues de cette gare montrent un bâtiment type 1895.
Du temps de la vapeur, un voyage de Bruxelles à Ostende via la ligne 50 offrait une variété de bâtiments ferroviaires très différents, qui s'explique non-seulement parce que la section Bruxelles-Nord - Schellebelle a été réalisé sous contrat par un chemin de fer différent (le "Dendre-et-Waes" avec comme architecte Jean-Pierre Cluysenaar) mais aussi car de nombreux arrêts ont été ouverts et dotés de bâtiments à des moments différents.
Cluysenaar réalisa d'impressionnants bâtiments à Ternat, Denderleeuw, Alost, Lede et Schellebelle mais des arrêts comme Laeken, Jette, Dilbeek n'apparaissent que plus tard et c'est à l'État de se charger de la construction des infrastructures.
Dans ce paysage varié, Erembodegem était le seul de son type mais en voyageant jusqu'à Bruges on pouvait en voir un deuxième à Tronchiennes (nom actuel Drongen) et en chemin on en apercevait un au toit plus extravagant à Hansbeke.
Durant la Première Guerre mondiale, les Allemands détruisent de nombreux bâtiments de gare de cette famille n'en laissant que deux debout : Havinnes et Erembodegem.
Les deux photos de 1977 prises par l'agence flamande chargée du patrimoine culturel et architectural sont assez tristes car elles montrent un bâtiment en mauvais état, avec d'énormes fissures dans les murs et des poutres de bois pour empêcher plusieurs seuils de fenêtres de s'écrouler, peut-être à cause du nouveau tunnel creusé pour passer du quai 1 au quai 2.
Très peu de temps après, il sera démoli (à noter que la fiche Onroerend Erfgoed contient deux erreurs, la date de construction et le matériau du toit qui n'est pas du roofing mais du zinc).
Bien que construit plus de 5 ans auparavant dans un style qui n'est pas des plus remarquables, celui de la gare de Londerzeel a échappé à la démolition.
Aujourd'hui, en 2026, les gares de Londerzeel, Forest-Midi, Marchienne-au-Pont ainsi que celles du type "pignons à redents" adjugées avant 1863 sont les derniers vestiges de cette brève période où l'Etat Belge, assumant son rôle à la tête d'un réseau en pleine expansion, a fait réaliser plusieurs modèles différents.
À noter que les bâtiments de gares de Berchem-Sainte-Agathe, Dilbeek et Sint-Martens-Bodegem présents sur la L50 sont quant à eux un vestige d'une deuxième campagne d'expérimentations menée autour de 1880.