La gare de Haren-Noord.
Auteur: Yanes Bunnens.
Haeren-Nord / Haren-Noord (L25), un bâtiment de gare construit au cours de la "Deuxième période expérimentale.
Après avoir choisi un modèle de bâtiment standard pour le réseau Etat Belge (un bâtiment sans ailes avec des pignons à redents) et en avoir construit (et fait construire par certains chemins de fer privés) une cinquantaine d'exemplaires, les Chemins de fer de l'Etat traversent un "passage à vide" où le nombre de nouvelles haltes et stations à créer dépasse fortement le budget disponible.
Par conséquent un grand nombre de ces nouvelles stations créées après 1865 recevront des bâtiments provisoires en bois.
En parallèle, le modèle standard à pignons à redents évolue : des trois modèles d'origine (3, 4 et 7 fenêtres) on ne retient que le deuxième et on crée une nouvelle variante à 6 fenêtres.
L'idée de construire un bâtiment d'un seul volume, symétrique, est un fantasme d'architecte qui s'accorde mal avec les aspects pratiques d'une gare, surtout lorsque le nombre de voyageurs et de membres du personnel est en augmentation. C'est ainsi que les bâtiments de gare déjà construits sont progressivement dotés d'extensions sur un ou deux côtés.
Pour les lignes nouvelles : Bruxelles - Luttre (nouvel itinéraire vers Charleroi) et Antwerpen-Zuid - Luithagen (la "ligne des forts"), une nouvelle variante de cette famille est inventée. Toujours à pignons à redents et symétrique, le bâtiment a cinq parties de hauteur décroissante en partant du centre. Le résultat est un bâtiment très grand au rez-de-chaussée, étage le plus important pour une gare, mais il coûte tellement cher qu'on ne le verra pas hors des lignes 124 et 27A.
À la place, l'Etat (lorsqu'il doit construire à ses frais) multiplie les gares provisoires en colombages de bois tandis que quelques privés, et surtout les deux grandes sociétés de construction chargées d'étendre le réseau étatique en construisant des dizaines de lignes secondaires (conventions de 1870 et 1873) emploient un modèle de bâtiment radicalement différent, créé par les architectes de l'Etat belge vers 1869. D'un côté, la partie habitation, et de l'autre une aile de longueur variable ; sur le type 1873 la symétrie n'a pas sa place et les décorations sont minimalistes.
En 1879-1880 l'Etat a finalement le budget pour bâtir davantage de bâtiments de gare en brique, en remplacement de ces gares provisoires ou de bâtiments de gares trop vieux et trop petits (lesquels sont parfois remontés ailleurs pour ne rien gâcher).
La deuxième période expérimentale (terme personnel) désigne cette période assez courte, moins de 10 ans, où les différentes subdivisions du réseau de l'Etat construisent chacun des plans différents. Tous ou presque adoptent la disposition asymétrique et certains comme Remicourt, Leupegem, Forrieres, Cognelée, etc. sont même des type 1873 redécorés.
À l'issue de cette brève période de liberté, l'un des modèles (utilisé par exemple à Godarville) est choisi pour être employé par défaut dans toute la Belgique (on l'appellera par après le type 1881).
Mais l'un des plus remarquables par son origine est le modèle utilisé à Haren-Noord, Buizingen et Quaregnon. Contrairement à toutes ces expérimentations, c'est une version revue et corrigée du modèle utilisé sur la ligne 124 : trois parties au-lieu de cinq, décorations moins chères à entretenir, ajout d'un porche d'entrée, et forme des ailes latérales qui rappelle celle de Nivelles-Est mais à bien y regarder on voit aussi que le modèle "pignons à redents" à six fenêtres a servi d'inspiration pour la forme de la partie centrale ; la "marquise" (auvent du quai) est transparente, sans colonnes de support, tandis que le style des décorations évoque Flénu-Produits qui est un autre type 1873 déguisé (fortement redessiné). bref, un sacré mélange d'époques !
Mais ce bâtiment, aussi beau qu'il était cher à construire, n'aura pas de descendance.
Manque de chance, Haren-Noord, Buizingen et Quaregnon ont tous été démolis donc ce modèle est éteint aujourd'hui. Ainsi se termine la lignée des gares, pignons à redents, qui avait commencé en 1860 et a heureusement laissé d'autres vestiges.
Illustration: collection www.garesbelges.be.