La gare de Leval-Trahegnies.

Auteur: Yanes Bunnens.

Leval : Quand l'expression "pousser les murs" est prise au pied de la lettre !

Il est fréquent qu'un bâtiment de gare connaisse des agrandissements au cours de son existence (c'est d'ailleurs le cas pour les 5 fenêtres sur la droite de la photo du haut) et, on le sait, il est arrivé plus rarement que des bâtiments de gare soient déplacés et remontés ailleurs : Brugge > Ronse/Renaix ; Baume > Bascoup-Chapelle, Arlon > Mellier et bien d'autres

Mais toutes ces histoires ont un point commun : lorsqu'un bâtiment a connu une extension ou une translation, toutes les parties venaient au-moins du même endroit. Sauf à Leval où le manque de place dans le bâtiment d'origine et l'abandon du bâtiment de la gare de Mariemont (celui de la L183) a donné naissance à une véritable créature du docteur Frankenstein, c'était en 1889.

Le bâtiment d'origine devait ressembler à celui de la gare de Monsville et à celui de Fauroeulx (ou plutôt Piéton mais ne brûlons pas les étapes) et revenons-en à celui de Leval construit par la Compagnie du Centre ou celle des Bassins Houillers du Hainaut dans les années 1860, il commençait à devenir trop petit pour les besoins du service mais les matériaux, de bonne qualité, avaient encore du potentiel. À la même époque, l'Etat belge fait fermer certains tronçons du chemin de fer La Louvière, Baume, Mariemont, l'Olive, Bascoup-Etat (connue sous le nom non-officiel de ligne 183) or, en 1860 il avait fait remplacer toutes les gares d'origine de la ligne Mons-Manage et de l'embranchement La Louvière-Centre - Bascoup-Etat, employant le plan standard "à pignons à redents" (variantes à 3, 4 et 7 fenêtres selon l'importance de l'arrêt).

Celui de Baume prendra le chemin de Bascoup, devenant la nouvelle gare de Bascoup-Chapelle en 1880.

Celui de Mariemont, près du futur café-restaurant "Mairesse" reste encore en place quelques années mais perd toute raison d'exister avec la construction en 1887 du monumental bâtiment de gare de Mariemont, mieux placé par rapport à la L112.

Au lieu de tout démolir, et de faire une gare entièrement neuve à Leval, la solution est un exercice d'équilibriste qui donnera naissance à un bâtiment hybride dont les façades ne sont pas les mêmes de chaque côté !
Côté rue, il doit y avoir des matériaux issus de l'ancienne gare de Leval, on remarquera les liserés en brique noire et les boules ornementales au-dessus des portes et fenêtres.
Côté quai, le rez-de-chaussée incorpore des éléments typiques du plan "à pignons à redents" (ou type 1860) : les portes, fenêtres et même le préau (marquise de quai).
Le motif des briques au sommet de l'étage le plus haut serait plutôt un vestige de Leval 1.
Tout au bout, l'aile de service à toit plat doit être une construction neuve des années 1880 car c'est à cette époque que l'on commence à doter les bâtiments de gare de cet élément qui regroupe des locaux de service, le WC des voyageurs mais aussi la cuisine et la laverie de l'habitation du chef de gare.

Comme on le voit sur la page du site Garesbelges consacré à la gare de Leval, cet hybride de 1889 n'a que 4 travées dans son aile des voyageurs à l'origine. Une importante extension a été réalisée par la suite, dans les années 1910, 1920 ou 1930 dans un style fort différent mais très élégant.

Complétant cette collection d'époques diverses : la halle aux marchandises de type standard Etat Belge rehaussée d'une corniche à denticules, et une petite cabine de signalisation, récemment démolie.