Les gares des plateaux de Herve.

Auteur: Yanes Bunnens.

Les gares des plateaux de Herve : la veste, le bonnet et les gants.

La construction du chemin de fer des Plateaux de Herve est un épisode intéressant dans l'histoire des chemins de fer belges. Comme dans le cas d'autres projets privés réalisés au profit de l'Administration des chemins de fer de l'Etat, cette dernière impose le plan de tous les bâtiments, utilisant son modèle standard pour les petites stations, et d'anciens plans néoclassiques pour les gares plus importantes.
Mais au lieu d'utiliser l'ancien modèle de 1860 à pignons à redents, les plans pour les petites gares viennent d'être dessinés. et ils ne tarderont pas à resservir.
Nous sommes au tout début des années 1870 mais ce que les briquetiers, maçons et contremaîtres font sortir de terre à Fléron, Micheroux, Battice, Thimister, Froidthier et Chaineux a déjà la forme de ce qu'on appellera ensuite type 1873.
Mais avant que l'objectif d'un appareil photo ne les transforme en carte postale, ils avaient tous fait l'objet d'une métamorphose permettant au personnel de mieux supporter les longues journées où le vent froid, la pluie et la neige mettent à rude épreuve ceux qui ne font pas que passer par la gare mais y travaillent toute la journée, et y dorment même la nuit dans le cas du chef de station et de sa famille.



Tous ces bâtiments sont mis en service entre 1872-1881 sur les sections Chênée-Battice, Battice-Verviers et Battice-Aubel. Lorsque la section Aubel-Plombières sera finalement réalisée, en 1895, ce plan avait été abandonné et la gare de Hombourg avec son musée des chemins fer est un type 1881 Etat Belge.


Entre temps, ce plan qui avait fait ses débuts sur les chemins de fer des plateaux de Herve est aussi utilisé sur un autre chemin de fer privé, la « Compagnie de Virton » (ligne 155) et surtout le rachat du grand groupe de la « Société Générale d'Exploitation » qui comprenait de nombreuses lignes inachevées (convention de 1870) et la convention de 1873 font qu'un gigantesque réseau de lignes nouvelles va être bâtie par deux sociétés de construction, en lien avec le groupe des Bassins Houillers, contrôlé par l'affairiste Simon Philippart.
L'Etat donnera à ces sociétés de construction la consigne de bâtir dans chaque station des bâtiments similaires à ceux des lignes des plateaux de Herve et du chemin de fer de Virton.



Contrairement à ce que suggèrent les photos anciennes de toutes ces gares type 1873 (Halanzy, Dour, Anderlues, Tessenderlo, etc.) le bâtiment n'a pas trois mais deux parties : une partie haute avec à l'étage l'habitat du chef de station, et une aile contenant le guichet, la salle d'attente et l'entrée des voyageurs.
La troisième partie, ajoutée avant la prise de photos, améliorait le quotidien des habitants du logement de fonction avec une grande cuisine, l'endroit pour la lessive, des annexes et (parfois) les WC des voyageurs ; comme cette partie est un ajout, il y a un nombre très important de variations (style, forme, matériaux, etc.)


Mais revenons-en au plateau de Herve car, si la forme des ajouts est parfois originale sur les lignes 23 et 131, le personnel des gares des plateaux de Herve aura droit à quelque chose de bien plus grand. et ils l'avaient bien mérité comme le dit le journal « la Meuse » du 19 août 1897 qui ne mâche pas ses mots.
L'auteur parle en effet de bâtiments en mauvais état (ce qui est embarrassant pour des bâtiments construits 15 à 25 ans plus tôt), d'un vilain aspect, tellement humides qu'il a fallu cimenter leur façade. Selon lui, il vaudrait mieux reconstruire.
Bref, à en croire ce journal, il y a des chances que les occupants de ces 6 gares utilisent souvent du papier journal pour se protéger du froid glacial et de l'humidité


Cette rénovation, qui aurait eu lieu en 1897 ou un peu plus tard, transformera les bâtiments en profondeur avec d'importantes extensions de leur partie habitée. Leur toit en tuiles sera aussi refait en zinc, un matériau qui avait fait ses preuves sur les gares des années 1860.


À Battice, la transformation se fait en prolongeant l'appartement par-dessus toute l'aile des voyageurs, ce qui crée un long bâtiment de 6 fenêtres (en regardant de près on voit que la largeur et la hauteur de cet ajout ne sont pas à 100% identiques), cela apparaît encore mieux sur les photographies de la démolition du bâtiment en 1976 (Arvia, archives médiatiques de la ville de Herve et ses villages).
A contrario, l'extension contenant les dépendances n'a rien d'exceptionnel.
Une deuxième extension apparaîtra plus tard au pied du mur-pignon opposé mais elle avait déjà été détruite plusieurs années avant la démolition du reste.
Battice diffère aussi par sa marquise de quai (ce auvent en métal et en verre) et par son absence de poche d'entrée côté rue.
Il n'est pas certain que la construction de cette marquise et la démolition du porche (s'il y en a bien eu un à l'origine) soient liés au projet.


Les 5 autres gares ont un traitement différent : leur aile des voyageurs garde le même nombre d'étages (rez-de-chaussée + combles) et la façade de cette partie n'est pas recouverte de ciment, même lorsqu'elle est orientée plein nord.
L'extension du corps de logis se fait sur le côté par une structure de deux fenêtres, aussi haute que le corps de logis, dont elle partage le style.
Les dépendances sont au rez-de-chaussée et une très petite annexe en appentis vient se placer au bout de cette nouvelle partie.
Côté rue, l'aile des voyageurs conserve son porche d'entrée au sommet triangulaire.


À noter que plus tard, sans doute au début du XXe siècle, le bâtiment de la gare de Micheroux connaîtra des changements supplémentaires : d'abord une marquise de quai (différente de celle de Battice) puis un prolongement de l'aile, toujours dans le style d'origine.


À noter que si une photo prise entre 1873 et 1897 fait un jour surface, montrant l'un de ces six bâtiments avant la date des agrandissements, il restera possible de reconnaître du premier coup ces gares du Plateau de Herve La pierre servant de clé de voute au-dessus de chacune des portes et fenêtres de ces bâtiments de gare a une forme spéciale, que l'on peut encore voir aujourd'hui à Thimister et Micheroux : alors que tous les type 1873 ont une pierre plate, celle des gares des plateaux de Herve est gravée avec de profonds sillons horizontaux, lui donnant l'aspect d'une grille.
Cette décoration a aussi été utilisée à Beyne et Vaux-sous-Chèvremont, deux gares des plateaux de Herve avec un autre type de bâtiment




Les 2 photos suivantes servent à illustrer un type 1873 en état d'origine.



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Illustrations: www.garesbelges.be, excepté la 6: ©wikimedia.