La gare de Ruisbroek.
Auteur: Yanes Bunnens.
Gare de Ruisbroek, variations sur un même thème.
Au début des années 1880, après avoir très brièvement laissé libre court à différentes subdivisions du réseau des chemins de fer de l'État quant à l'aspect des bâtiments, l'Administration décide de retenir le modèle bâti à Godarville, Seneffe, Marchienne-Est, etc. comme bâtiment standard à utiliser dans tout le pays pour les stations dont le bâtiment d'origine doit être remplacé, donnant naissance au type 1881 puis à son petit-frère du type 1895.
Mais cela ne signifie pas une uniformisation immédiate et, pour des raisons esthétiques ou autres, quelques stations continueront à recevoir des bâtiments véritablement uniques mais aussi des réadaptations des deux plans récents (le type 1873 et le 1881).
À Genappe et Ruisbroek, c'est une version subtilement modifiée du type 1881 qui est édifiée : en dehors de la longueur de l'aile, qui est bien plus élevée que la plupart des bâtiments tardifs de ce type la principale différence qui ressort est la forme des fenêtres du rez-de-chaussée, avec des sommets en arcs bombés au lieu de la forme semi-circulaire dite "arc en plein cintre"; autre différence, des blocs de pierre carrés (appelés "dés") décorent la trentaine de pilastres de la façade en brique, et le motif des pierres du soubassement est aussi plus élégant que sur le type 1881.
Celui de Genappe était plus petit (6 travées au lieu de 8 ) mais avait les mêmes décorations.
En résumé, il s'agit d'une version "de luxe" alors que le plan type 1881, qui a commencé sa vie à plusieurs endroits importants, est en train de devenir un modèle pour des bâtiments plus petits, y compris dans des villages moins peuplés.
À noter que la partie "habitation" de ces gares standard sera utilisée presque à l'identique pour les maisons d'éclusiers, maisons pontières et autres logements de techniciens le long du Canal du Centre (il semblerait, d'après les recherches que j'ai entamées, que leur utilisation le long des canaux commence après la construction des premières gares).
La variante employée à Ruisbroek et Genappe n'aura pas de grande descendance mais influencera le plan du bâtiment de Monceau-Usines, lequel est en deux parties séparées, comme au Roeulx lorsque l'État Belge adopte le plan type 1895, l'idée de réaliser des variations dans les matériaux de façade avait fait son chemin, et quelques constructions de ce modèle ré-emploieront les deux petites fenêtres au grenier du corps de logis, au lieu d'avoir un oil-de-boeuf rond.
À noter que lorsque la gare de Lot recevra quelques années après Ruisbroek un bâtiment de gare plus grand, ce ne sera pas une évolution d'un de ces plans standards construits à grande échelle.
Celui de Buizingen, plus ancien, datait de la période 1879-1881 et était un plan "à pignons à redents" revu et corrigé.
Malheureusement, la construction des voies supplémentaires pour les trains à grande vitesse entraînera la démolition des gares de Ruisbroek, Lot, Buizingen, Hal et Lembeek qui avaient toutes (sauf Lembeek) un bâtiment atypique pour une raison ou une autre.
À Genappe ce fut une autre histoire et la fermeture de la ligne aux voyageurs entraînera la destruction du bâtiment.
De fait, les deux représentantes de ce modèle ont disparu ; le même sort a aussi concerné le modèle de gare construit à Buizingen, Quaregnon et Haren-Noord.
Illustrations: www.garesbelges.be.