La gare de Sibret.
Auteur: Yanes Bunnens.
Sibret : type standard de l'embranchement de Bastogne.
Prévue depuis les années 1840, la desserte par train de Libramont s'est heurtée à plusieurs obstacles : la Grande
Compagnie du Luxembourg n'était pas désireuse de réaliser une déviation de sa ligne Bruxelles - Namur - Arlon pour
passer par Libramont (Wavre, Marche-en-Famenne et Rochefort seront également laissés sur le côté).
En mettant en service leur ligne du Luxembourg dans les années 1850, il font la promesse de créer un embranchement vers Arlon mais
durant les années qui suivent le seul embranchement qui se concrétise est la ligne de l'Ourthe : Marloie - Liège (via Marche et Comblain-la-Tour).
Après avoir encouragé la Grande Compagnie du Luxembourg à tenir sa promesse en leur promettant un financement
(d'autant que la construction de la ligne Libramont - Bastogne sera bien moins difficile que les chemins de fer
déjà réalisés par la GCL) l'Etat Belge menacera de laisser un autre chemin de fer privé construire dans la région
(le projet d'Eugène Forcade, dont les lignes devaient se croiser près de Bastogne).
Cela décide finalement la GCL a réaliser les travaux et Bastogne est relié au chemin de fer en 1869.
Les rapports entre la GCL, l'Etat et les autres chemins de fer privés resteront conflictuels, surtout que
la France s'en était mêlé juste avant la désastreuse guerre Franco-Allemande de 1870) et ce réseau sera
finalement nationalisé en 1873, année où peut débuter la construction de plusieurs des chemins de fer
complémentaires réclamés depuis de nombreuses années (Bastogne-Gouvy, Bastogne-Wiltz, Libramont-Bertrix, etc.)
En 1869 ouvrent les gares de, Bernimont, Wideumont, Morhet, Sibret et Bastogne (Sud).
Toutes sauf cette dernière avaient le même bâtiment de gare à l'origine ; il y a depuis eu une série de transformations,
agrandissements et (plus tard) des démolitions qui en ont changé l'aspect.
Sur cette photo du bâtiment de la gare de Sibret, nous sommes déjà bien après la nationalisation de 1873
et un agrandissement avait été réalisé : toute la partie sur la droite, effaçant du même coup le rectangle
du mur-pignon où était écrit le nom de la gare.
Cette extension servait d'annexe pour l'appartement du chef
de gare et contenait aussi une cour intérieure derrière la porte où la femme du chef de gare pose (discrètement)
sur cette photo.
Au-dessus de cette porte, une pierre de clé de voute qui surmontait aussi les fenêtres de cette
partie côté rue ; cette pierre montre qu'on a en partie copié les bâtiments de gare type 1873 que l'on trouve par
exemple à Bourcy et Sivry sur la ligne Bastogne-Gouvy.
Sur la gauche, on voit une autre extension sous la forme d'une annexe à la façade en pierre.
Il s'agit de la lampisterie, là où étaient stockées les lanternes, lampes à pétrole et aussi leur carburant.
De telles lampisteries sont construites dans les années 1880 à côté de nombreuses gares de la province de
Luxembourg ; déplacer ces matériaux très inflammables vers un bâtiment à part permettait d'éviter que toute la gare flambe, en cas d'incendie.
Avec le temps, il continuera à être agrandi et cette croissance se poursuit après la fermeture du guichet
puis l'abandon de la ligne.
Il aurait été converti en ferme, puis sert maintenant d'habitations.
La tour caractéristique du bâtiment de 1869 est toujours visible, au milieu de cette grande structure.
Arrivés à Libramont, qui était encore une gare en terminus à ce moment, les passagers étaient accueillis
dans un bâtiment très différent de celui qui le remplaça en 1895
ressemblant à celui de Bernimont, il était un petit peu plus vaste, et un petit peu plus haut.
La seule photo qui en existe pour le moment est un gros plan, et la forme asymétrique du rez-de-chaussée
côté voies suggère qu'il s'agissait d'une copie de celui de la gare de Comblain-la-Tour
Ressemblant à celui de Morhet, il était en réalité plus haut, et sa partie centrale était plus vaste.
La seule photo actuellement disponible (livre « Architecture des gares en Belgique / Stationsarchitectuur
in Belgïe ») est un gros plan mais montre néanmoins un détail qui n'existe pas à Bernimont, Wideumont,
Morhet, Sibret : l'avancée à la base de la tour est entourée par une partie étroite sur la droite mais sur la gauche le bâtiment n'est pas aussi étroit.
En 1895, l'Etat Belge fera remplacer le bâtiment de la gare de Bastogne-Sud comme il l'avait fait 5 ans
plus tôt à Libramont. Au lieu d'utiliser le style plutôt fonctionnel de la gare de Libramont (version plus
grande du plan de gare standard), Bastogne aura une construction très riche en décorations de façade (ayant
quelques points communs avec les bâtiments des gares de Neufchâteau et Grupont
Illustration: www.garesbelges.be.