La gare de Thiméon.

Auteur: Yanes Bunnens.

Thiméon : peut-on encore parler de type 1893 ?

Le type 1893 de bâtiments de haltes est l'un des modèles de bâtiment ferroviaires les plus répandus en Belgique (sauf si l'on compte les maisons de garde-barrière à 3 fenêtres).
Apparu, comme son nom l'indique, en 1893, d'abord à Profondsart et Carlsbourg, il répond à un besoin typique de son époque : de nombreux villages, souvent situés le long de chemins de fer déjà actifs veulent leur arrêt ou bien réclament de véritables installations pour les voyageurs et marchandises au lieu de disposer d'une simple caisse de wagon en bois pour servir de salle d'attente.
Remplaçant un autre type de bâtiment de halte (de 1888, tellement petit que presque tout ceux que l'on peut voir en photo devront être agrandis) il est encore construit en grandes quantités en 1914 et il semblerait même qu'on en bâtisse un ou deux après 1918.
Malgré une quantité de variantes extrêmement élevée, tant au niveau de la taille que de la décoration, il y a quelque chose qui ne change normalement jamais : la partie servant de maison pour le chef de gare a quatre fenêtres, ni plus, ni moins.
La seule exception à cette règle est Dolhain-Vicinal (gare de correspondance entre les trains et tramways) qui date de 1897 et a un corps de logis plus long, avec cinq fenêtres, tandis que son aile principale est aussi non-standard.

Dans le cas de Thiméon, sa construction démarre bien plus tard (après une adjudication en février 1914) et il n'est pas impossible qu'elle se termine quand les Allemands occupent déjà la Belgique.
Il possède cinq fenêtres, plus resserrées qu'à Dolhain, une aile en L contenant les annexes et les toilettes (typique du type 1893) et les photos de l'aile des voyageurs montrent une décoration riche, typique des type 1893 tardifs. La porte pour les marchandises à travers le mur-pignon montre bien qu'on est en présence d'un type 1893.

Seulement, à partir de quand décide-t-on de tracer une ligne et de parler de nouveau type ?
Les évènements funestes de 1914-1918 font que ce bâtiment restera seul en son genre et les sources disponibles ne permettaient pas de savoir s'il s'agissait d'un ballon d'essai (comme à Lonzée) ou du premier d'une longue série de nouvelles constructions.
Seule certitude, contrairement à Dolhain-Vicinal, rien dans l'exploitation de cette halte ne fait de Thiméon un endroit spécial.

Le livre Stationsarchitectuur in Belgïe / Architecture des gares en Belgique crée une distinction entre les bâtiments de station des types 1881 et 1895 selon la forme des annexes, très différentes, alors que les deux autres tiers du bâtiment restent inchangés.

Ici c'est le contraire puisque la différence est au niveau du corps de logis et tout le reste ne bouge pas d'un cil. Et surtout il est resté seul en son genre. On peut d'ailleurs observer deux autres type 1893 atypiques dans la région de Charleroi : Saint-Aubin (3 fenêtres au lieu de 4) et Philippeville (à l'aile basse très différente car les marchandises avaient leur propre bâtiment ; au passage Philippeville est un cas pratiquement unique où on emploie un type 1893 pour une station).

Les photographies sont rares car dans les années 1960 l'ancienne gare de Thiméon sera entièrement détruite tout comme ses abords afin de faire passer l'autoroute.